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10 février 2004

L'éditorial de Laurent Michy

laurentrestocours@free.fr

Les pieds dans le plat… III

Avez-vous remarqué comme la cuisine européenne s’hispanise ? Il semblerait que le nouveau gourou de la cuisine expérimentale fédère des disciples tout aussi talentueux.

Qui a dit que les Anglais ne savent pas cuisiner ? Et bien, il va falloir réviser vos classiques. Vous ne trouverez que trois établissements en UK avec trois étoiles décernées par le guide rouge, The Waterside Inn, The fat duck et Gordon Ramsay. A une quarantaine de miles de Londres, un petit village du nom de Bray possède sur sa commune deux établissements dotés du célèbre titre, rien que ça !  Si vous connaissiez « Bray », ce n’est pas bien grand ! Heston Blumenthal (The fat duck, le dernier titré) n’a que 37 ans et il est le mélange naturel de Ferrân Adria, El Bulli (Catalogne) et d’Hervé Thys. Il faut dire que sa cuisine est plus proche d’une cuisine de « géo trouve-tout » que d’une cuisine à la Escoffier… Nous sommes aux portes d’une mutation culinaire.

 

Mais côté cuisine nous ne sommes pas à la fin de nos surprises. Par exemple, si vous aimez de temps en temps ouvrir une boite de sardines, regardez bien ce que vous croquez sur une tranche de pain dorée. Cela peut paraître curieux mais il n’est pas obligatoire de trouver des sardines dans une boite dénommée ainsi. La dite-boite peut maintenant contenir une vingtaine de poissons autres que la sardine, mais l’appellation reste la même. Vérifiez et vous verrez, seule la « sardina pilchardus » est la vraie.

 

Nous nous heurtons actuellement à un souci d’identité culinaire : connaissez-vous la nouvelle « way of live » le fooding ? . Nous pensons et à juste titre par les expériences que nous vivons tous dans nos lycées, que nos jeunes s’éloignent à grand pas de nos valeurs culinaires. C’est un cycle naturel (dangereux, je vous l’accorde), mais nécessaire.

Les goûts et les connaissances ont été tirés vers le bas, nous le savons tous et dans notre pays l’uniformité des concepts  a été appliqué autant à la restauration qu’à l’hébergement. C’est une approche commerciale dont nous percevons les premiers effets négatifs.

 

Côté concours M.O.F , je ne sais pas si c’était l’effet de la période des soldes, mais le prix a été bien cassé, que dis-je sacrifié. 6 maîtres d’hôtel lauréats, puis 7 et enfin 12, tout le monde a gagné. Ce n'est pas beau ça ? Mais, c’est comme avec les sardines, il va falloir vérifier la qualité. Une idée en passant, pour le prochain examen, pensez à changer toute l’équipe organisatrice et les examinateurs. Messieurs, à nos yeux, vous n’êtes plus crédibles.

 

Je suis agréablement surpris par vos divers courriers qui témoignent de vos ressentiments à l’égard de notre profession. Il est intéressant de constater que vous n’êtes pas dupes du jeu mené par les restaurateurs. Savez-vous que plus de 40 % du personnel de la restauration gagne le SMIC. Pourquoi cette profession ne paye pas ? Mais la vraie question est : « qui s’y oppose » ?

Nous sommes encore, pour l’année 2003, le pays le plus visité au monde. L’offre hôtelière est-elle réellement adaptée à la demande ? Pourra t-elle  raisonnablement faire mieux dans les années futures ? La formation de nos jeunes répond-elle aux attentes de la profession ? Ne devrions- nous pas changer de cap avant la rupture définitive ?

Pour ma part comme vous pouvez le constater, je travaille déjà autrement et vous ?

Laurent Michy

Finaliste « un des meilleurs ouvriers de France 2000 »

 

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