"Serais-je toujours condamnée à ne jamais boire un cappuccino
digne de ce nom en France?" me dis-je en touillant d'un air de
dégoût un soi-disant cappuccino qui se révèle être en fait un
café recouvert d'une grosse boule de chantilly. Oh ! c'est sur,
il y a de la prestance dans la présentation, dans le prix aussi
d'ailleurs, mais pour ce qui est du goût, aux dernières
nouvelles la chantilly n'a jamais été du lait...
La recette n'est pourtant pas compliquée, l'Italie est un pays
voisin. Cappuccino dont l'origine serait dûe soit à la
couleur marron (café + lait) de la bure des frères capucins
soit au chapeau (cappello: chapeau) le lait coiffant le café.
Donc, si je résume le cappuccino est un expresso recouvert d'une
mousse de lait. Toute la "subtilité" réside là.
Qu'à donc à voir la chantilly dans l'histoire? Que dirait un
irlandais si l'on recouvrait son Irish coffee d'une mousse de
lait? Il serait tout aussi dépité que moi, déconcerté, ne
sachant où trouver la saveur particulière de sa boisson natale
qui symbolise pour lui autre chose qu'une simple boisson chaude
mais un peu de son chez lui, de ses racines, de son histoire. Et
puis zut, il y a une recette alors suivons-la ou alors si vous
décidez de les servir avec tout autre chose que de la mousse de
lait, donnez-leur tout autre nom à vos cappuccini mutants... Je
ne sais pas moi: "cappuccino à la française",
"cappuccino
qui n'en est pas un", "faux cappuccino"... Il
y a un tas de dénominations qui leur siéraient très bien mais
pas
cappuccino tout court.
Il est sans doute plus facile et plus rentable d’appuyer sur le
bouton nommé « chantilly » de votre machine prête du matin que
de réaliser une mousse de lait onctueuse à la commande.
Cela peut paraître bien superficiel de pousser un cri pour une
si petite chose mais c'est une question de principe et
d'honnêteté. De grâce, Messieurs les barmens, cafetiers
et autres restaurateurs arrêtez de nous servir des « viennois »
lorsque la clientèle connaisseuse désire avoir pendant un
court instant l’envie de se retrouver en Italie si proche...
Si j’étais mauvaise langue je me permettrais de vous dire que la
gamme des boissons chaudes est variée. Comment confondre un
« viennois », un « moka », une « noisette », un « crème », un
« café turc » ? La liste est encore longue. Pourquoi uniformiser
les goûts ? Par paresse, par commodité ? Pourquoi penser que la
clientèle est dupe et ignorante ? Parce qu’elle se tait ? Soyez
respectueux des recettes léguées par l’histoire, les hommes et
les pays. Ces recettes sont l’héritage de cultures que nous nous
devons de sans cesse protéger. Faites de vos commerces un lieu
où chaque homme puisse retrouver un peu de son pays à travers le
respect scrupuleux de chaque recette.
Vous connaissez mes sentiments !!!
Claudia Scozzafave
Correspondante Italie pour restocours.net