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11 février 2004

L'éditorial de Claudia Scozzafave

claudia.sco@wanadoo.fr

 

Garçon, un cappuccino...

"Serais-je toujours condamnée à ne jamais boire un cappuccino digne de ce nom en France?" me dis-je en touillant d'un air de dégoût un soi-disant cappuccino qui se révèle être en fait un café recouvert d'une grosse boule de chantilly. Oh ! c'est sur, il y a de la prestance dans la présentation, dans le prix aussi d'ailleurs, mais pour ce qui est du goût, aux dernières nouvelles la chantilly n'a jamais été du lait...

La recette n'est pourtant pas compliquée, l'Italie est un pays voisin. Cappuccino dont l'origine serait dûe soit à la couleur marron (café + lait) de la bure des frères capucins  soit au chapeau (cappello: chapeau) le lait coiffant le café. Donc, si je résume le cappuccino est un expresso recouvert d'une mousse de lait. Toute la "subtilité" réside là. Qu'à donc à voir la chantilly dans l'histoire? Que dirait un irlandais si l'on recouvrait son Irish coffee d'une mousse de lait? Il serait tout aussi dépité que moi, déconcerté, ne sachant où trouver la saveur particulière de sa boisson natale qui symbolise pour lui autre chose qu'une simple boisson chaude mais un peu de son chez lui, de ses racines, de son histoire. Et puis zut, il y a une recette alors suivons-la ou alors si vous décidez de les servir avec tout autre chose que de la mousse de lait, donnez-leur tout autre nom à vos cappuccini mutants... Je ne sais pas moi: "cappuccino à la française", "cappuccino qui n'en est pas un", "faux cappuccino"... Il y a un tas de dénominations qui leur siéraient très bien mais pas cappuccino tout court.

Il est sans doute plus facile et plus rentable d’appuyer sur le bouton nommé « chantilly » de votre machine prête du matin que de réaliser une mousse de lait onctueuse à la commande.

Cela peut paraître bien superficiel de pousser un cri pour une si petite chose mais c'est une question de principe et d'honnêteté. De grâce, Messieurs les barmens, cafetiers et autres restaurateurs arrêtez de nous servir des « viennois » lorsque la clientèle connaisseuse désire avoir pendant un court instant l’envie de se retrouver en Italie si proche...

Si j’étais mauvaise langue je me permettrais de vous dire que la gamme des boissons chaudes est variée. Comment confondre un « viennois », un « moka », une « noisette », un « crème », un « café turc » ? La liste est encore longue. Pourquoi uniformiser les goûts ? Par paresse, par commodité ? Pourquoi penser que la clientèle est dupe et ignorante ? Parce qu’elle se tait ? Soyez respectueux des recettes léguées par l’histoire, les hommes et les pays. Ces recettes sont l’héritage de cultures que nous nous devons de sans cesse protéger. Faites de vos commerces un lieu où chaque homme puisse retrouver un peu de son pays à travers le respect scrupuleux de chaque recette.

Vous connaissez mes sentiments !!!

Claudia Scozzafave

Correspondante Italie pour restocours.net

 

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