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HISTOIRE DE L’ART CULINAIRE FRANCAIS

* Dossier réalisé par Lionel Saorine (Professeur de Cuisine) et ses collègues d'I.U.F.M. Promotion 1999.2000

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INTRODUCTION

Le premier cuisinier à avoir codifié les préparations et les techniques de son époque est Guillaume Tirel dit « Tailllevent ».

Nous avons donc décidé de façon arbitraire de parler d’art culinaire qu’à partir de cette période.

 

Officialisé en 1835 par l’Académie française qui l’accueillit dans son dictionnaire, le mot « gastronomie » vient du grec gastros (estomac, ventre) et nomos (loi). L’émotion gustative avait un nom. 

Cet art de faire bonne chère (cuisine, vins, ordonnance des repas, …) est repris par  Brillat-Savarin, conseiller à la Cour de Cassation, auteur d’un « Essai sur le duel », féru de chimie, d’archéologie et d’astronomie.

Théoricien de la gastronomie, il écrit dans la Physiologie du goût :

« La gastronomie est la définition raisonnée de tout ce qui a rapport à l’homme afin qu’il se nourrisse. Son but est de veiller à la conservation des hommes au moyen de la meilleure nourriture possible…On ne saurait surestimer l’importance de la gastronomie dans l’existence d’une collectivité ».

 

Le  Petit Robert quant à lui, donne la définition suivante : "L’art culinaire est une science, un savoir, un savoir faire en rapport avec la cuisine gastronomique."

LE MOYEN AGE

Le Moyen Age est une période charnière dans la cuisine. En effet, c’est à la fin de cette période que naît l’art culinaire.

Après une succession d’invasions, de croisades, l’échange entre l’Occident et l’Orient va bouleverser les habitudes alimentaires.

L’influence de la religion, le développement des abbayes et des hostelleries pour pèlerins vont permettre aux moines de jouer un rôle important dans la fabrication de nouveaux produits spécifiques comme les fromages et les vins.

L’Art Culinaire prend tout son sens sous les traits de Guillaume Tirel dit « Taillevent », cuisinier au service de Charles VI. Il faisait partie d’une brigade impressionnante (au service de Charles VI en 1345).

La panerie

1 premier panetier, 6 panetiers,

1 premier valet tranchant, 5 valets tranchants,

3 clercs, 3 sommeliers,

3 portechapes, 5 aides ou valets de nappes,

1 oublieur, 1 bachouer, 1 lavandier.

Echansonnerie

1 premier échanson, 8 échansons,

4 clercs, 7 sommeliers, 3 barilliers,

3 gardes-huches, 10 aides,

1 huissier, 1 voiturier

Cuisine 

11 écuyers dont Taillevent,

1 premier queux (chef de cuisine)

5 queux, 3 clercs, 3 aides,

5 hâteurs (rôtisseurs), 4 potagers, 1 poissonnier, 2 sauciers,

5 souffleurs, 2 buchers,

6 happelopins (marmitons),

2 huissiers, 1 broyeur au mortier,

4 porteurs d’eau,

1 furretier (charger de la chasse au lapin avec un furet)

7 valets servant à l’écuelle, 1 recueilleur d’écuelle,

4 valets de sausserie (commis saucier), 1 garde sausserie,

2 valets de chaudière, 1 voiturier.

Fruiterie

1 premier fruitier, 5 fruitiers, 3 clercs,

3 sommeliers, 1 garde-fruits, 2 chauffe-cire.

Taillevent apparaît comme le premier grand chef de cuisine et il serait à l’origine du « Viandier » . Cet ouvrage dévoile l’importance de l’utilisation des sauces et des épices. On y retrouve également des termes culinaires encore utilisés aujourd’hui comme : habiller, appareiller…

Grâce à l’influence de l’Eglise, on va passer d’une nourriture basée sur la viande, les volailles et le gibier à une diversification de produits, avec alternance de produits gras et de produits maigres : le poisson de rivière et les légumes (apparition du jeûne). Par contre, le poisson de mer salé ou séché est rare et réservé au roi.

►De nouveaux produits font leur apparition tel que :

les épices : cannelle (Chine), gingembre (Bengale et Malabar), clou de girofle (Chine)

les fruits : figues (Orient), dattes (golfe Persique), grenades (Afrique), pistaches (originaire du Japon importées à Rome par Vitellius)

les céréales : riz(Inde et Chine), sarrasin (Orient).

Les cuisiniers utilisent à cette époque quatre modes de cuisson : le pochage, le rôtissage, la broche, la cuisson à la friture.

Toutes les tâches du cuisinier sont centralisées autour de la cheminée qui reste le seul moyen de cuire les aliments.

Art de la table :

Tables en U, dressage côté extérieure

Couteaux, cuillères, tranchoirs en bois ou pain

La nef : forme allongée où l’on réserve les épices, couteau et cuillère du roi ou seigneur

Les gens se servent eux mêmes

Superposition de deux nappes (une faisant office de serviette)

3 à 6 services : chaque service est interrompu par des entremets (spectacles, troubadours, plats fastueux, grosses pièces).

Menu établi en 1385

(extrait de "Histoire de la cuisine et des cuisiniers" de E. NEIRINCK et J.P. POULAIN Editions Jacques Lanore 1995)

Premier service

Chapon au brouet de cannelle      

Poile aux herbes

Choux nouveaux et puis la venaison

Second service

Rôt le meilleur

Paons aux célereau

Pâté de chapons

Levreau au vinaigre rosat, et chapon de moutichan

Troisième service

Perdrix à la trimolette

Pigeons à l'étuvée

Pâté de venaison

Gelée de lesches

Quatrième service

Four

Crème frite

Pâté de poires

Amandes toutes sucrées

Noix et poires crues

LA RENAISSANCE : 1450/1643. LE RENOUVEAU DE LA TABLE

La «gastrolastrie » synonyme de goinfrerie, chère à Rabelais (Pantagruel 1532) s’atténue à partir du 16ème siècle, malgré les fêtes agraires et liturgiques qui sont prétexte à bombance. Les notions de gourmandise, puis de gastronomie se forgent autour du plaisir lié à la table conviviale.

►Le développement de l’imprimerie va permettre une large diffusion des ouvrages consacrés à la cuisine. Les pratiques alimentaires de l’aristocratie européenne sont sensiblement identiques. A cette époque les mêmes plats et les mêmes services sont proposés à la Cour des plus grands d’Europe : on peut parler d’européanisation de la cuisine.

►Puis, l’influence italienne va malgré tout bouleversé la cuisine française. En effet, le 28 octobre 1533, Henri d’Orléans (Henri II) épouse l’italienne Catherine de Médicis. Elle amène avec elle ses cuisiniers. Ces derniers font découvrir à la Cour des nouveautés délicates : les béatilles en ragoût, les quenelles de volailles, les crépines de foie de veau. Cela change des énormes rôtis accumulés sur les pains tranchoirs. La pâtisserie connaît un réel progrès sous l’impulsion des artistes italiens maîtres dans l’art des confitures, des gelées, des pains d’épices et autres sucreries. Le snobisme s’en mêlant, les cuisiniers florentins font fureur à Paris où les sucreries sont traitées « à la vénitienne », et les parisiens, avec délice, découvrent un gâteau : la frangipane. On doit également la création de la pâte à chou à un pâtissier de Catherine de Médicis (Popellini en 1540).

Cette influence italienne permet à la cuisine française de devenir plus raffinée.

►Une nouveauté avait vu le jour en Italie et l’on employait à Florence dès le 15ème siècle : la fuscina, petite fourche. Henri III, fils de Catherine de Médicis découvre à Venise cet instrument : le port de la fraise rend périlleuse l’habitude de mettre les aliments à sa bouche avec la main. Il adopte « la fourchette » et tente d’en faire accepter l’usage à la cour. Mais elle ne comprend, à ce moment là, que deux dents longues et pointues que l’on aiguise comme un couteau et, l’on blesse lèvres et langue. Les verres se multiplient et sont en Murano. Le raffinement consiste à éviter aux convives le contact direct avec les aliments.

►L’église veut limiter la consommation de viande, pour cela elle instaure le jeûne pendant l’Avent (période avant Noël) et le Carême (40 jours avant Pâques). Les boucheries sont fermées, seuls les malades sur avis médical peuvent se fournir et consommer de la viande.

Le pain devient un élément distinctif entre les classes sociales :

blanc : pour les riches

bis : pour les bourgeois

noir : pour les pauvres.

►La gamme des produits s’élargit avec la découverte du nouveau monde. Francis  Pizarro, conquistador espagnol, grâce à ses voyages répétés ramènera des produits tel que le maïs, le topinambour, la tomate, le piment, le haricot, le poivron, la citrouille, l’arrow-root, le manioc (tapioca), la pomme de terre (cette dernière sans succès puisqu’on cherchera à la panifier).

►Deux produits provoquent l’engouement : le café et le chocolat.

A noter également la dinde venue du Mexique et la pintade d’Afrique.

Le chou fleur, le brocoli nous viennent d’Italie.

La banane et l’orange sont importés du Portugal.

Le terme : « écrevisse de mer » est remplacé par le mot homard ;

La bière est le nouveau terme de la cervoise.

►Avec sa fameuse poule au pot, le roi Henri IV fait un pari sur l’avenir en souhaitant que tout foyer puisse mettre le dimanche une volaille dans son pot et ceci bien que certaines régions de France sont dans la misère la plus noire.

►Mais l’homme qui marqua cette période et influença Henri IV dans la régression de la famine fût Olivier de Serres. Professeur d’agriculture, très en avance pour son temps, mit au point des nouvelles techniques agricoles et maraîchères. Son ouvrage « Le Théâtre d’agriculture et mesnages des champs» fût édité en 1600. Il est probablement à l’origine de la mise en valeur  des légumes qu’il  mis à l’honneur et, est en partie responsable de cet affinement du palais.

►On utilise du matériel nouveau comme les tournes broches automatiques   ( mécanisme dérivé des techniques utilisées dans l’horlogerie) remplaçant ceux activés manuellement ou par un chien enfermé dans une sorte de tambour. Les cuisines s’organisent avec des foyers sur lesquels on dépose de la braise pour frire, braiser ou griller. L’entreposage des denrées se fait dans des coffres et la viande est suspendue à des crochets. Le matériel de pâtisserie se diversifie. La cuisine comprend une séparation avec la plonge, il en est de même pour l’office.

►Aménagement d’une cuisine selon Bartolomeo Scappi, cuisinier du pape Pie V :

Dans les annexes il était recommandé d’avoir une cour pour l’équarrissage des viandes et le nettoyage des poissons, avec de l’eau pour le lavage de la vaisselle, ainsi qu’une petite pièce pour stocker le saindoux, le lard, la crème et le lait.

De nouveaux matériels apparaissent :

les chaudrons placés sur trépieds

les casseroles

les passoires

les tamis, les écumoires, les longues cuillères

la boîte à épices compartimentée avec couvercle : c’est la cuisinière

Les repas ont désormais 6 à 8 services.

LE XVII ème SIECLE : 1643/1715. LA NAISSANCE DE LA GRANDE CUISINE

La mort d’Henri IV se trouve à un tournant de l’évolution de la cuisine. Les goûts changent avec une diminution considérable des épices, augmentation importante des légumes. La grande cuisine va naître, elle sera la convergence des influences espagnoles, germaniques et italiennes. Cela va amener à la codification de la cuisine qu’ on retrouve dans de nombreux ouvrages :

Le cuisinier royal et bourgeois de Massialot (1660/1733)

L’art de bien traiter de L. S. R. dont on ignore ce que signifie ce sigle.

François Pierre de la Varenne qui écrit « Le cuisinier François ». C’est à lui que l’on doit les premiers livres de cuisine et de pâtisserie clairement rédigés. La simple comparaison entre le Viandier de Taillevent et le Cuisinier François de La Varenne montre le déclin de la cuisine violemment épicée. On note également l’influence de François Vatel (1631/1671) qui eût une fin tragique à Chantilly alors au service du Prince de Condé. En effet, il organisa des festivités lors de la réfection du château où le roi devait être présent. Très fatigué , il crût avoir oublié une commande de poisson pour le déjeuner du lendemain. S’estimant déshonoré, il mit fin à ses jours. C’est alors qu’arriva le reste de la livraison.

 

►La cuisine est marquée par l’utilisation du sucre de canne. La notion de sauce s’élargit, on ne peut parler de sauces à part entière mais plutôt de bouillons liés par réduction ou par un roux (naissance du mélange de farine et d’un corps gras : beurre + lard gras).

Les jus sont le résultat du déglaçage des rôtis et, les coulis plus élaborés sont proches de nos fonds actuels. La technique des mousses est mise au point, il faut dénerver, piler les chairs au mortier, mettre sur la glace et travailler longuement avec des blancs d’œufs, de la panade, de la crème ou du beurre. On prend également conscience des problèmes d’hygiène, de nouvelles professions se créent : on contrôle les animaux.

Les progrès en agriculture sont considérables. Les greffes et les engrais permettent d’obtenir qualité et quantité. Les paysans se diversifient et améliorent leurs produits.

Les corporations sont réglementées :

Les bouchers tuent et vendent les animaux

Les chairecuitiers vendent la viande de porc cuite et apprêtée.

Les tripiers achètent aux bouchers les abats blancs et rouges, les préparent et les revendent.

Les traiteurs et les rôtisseurs vendent des volailles et des gibiers cuisinés, ils sont les spécialistes des noces, banquets et festins.

Les boulangers fabriquent et vendent le pain.

►Le premier café ouvre ses portes en 1674 sous l’enseigne « le Procope ». Il doit son nom à son fondateur, un sicilien de Palerme, Francesco Cappeli surnommé Procopio. Pour la première fois, les femmes sont admises dans l’établissement. On y sert des boisson à la mode : café, thé, chocolat, des pâtisseries, des confitures et des boissons glacés. Le Procope doit son succès à la possibilité de lire les nouvelles du jour. Il deviendra le lieu de rencontre privilégié des écrivains et des philosophes.

►L’église instaure une nouvelle période maigre : le vendredi en plus de l’Avent et du Carême, la population jeûne ¼ de l’année.

C’est également une période propice aux échanges, ce qui va considérablement augmenter les produits utilisés en cuisine :

Les légumes : petits pois,  mâche,  champignons de couche,  mirabelles,  reines Claude, griottes, fraises (1714 du Pérou et Chili), grande mode des asperges…

Les poissons : esturgeon, sole, langouste, rouget…

Les abats : ris , langue

Les fromages : pont-l’évêque, édam (fabriqué dans le bordelais) 

Boissons : jus de fruits, limonade, champagne (Dom Pérignon en 1668), glace…

►Art de la table

3 services à table (6 plats par service) avec cependant des excès (168 plats à un repas sous Louis XIV), assiettes en or à la cour.

LE XVIII ème  SIECLE : 1715/1782. LES SOUPERS DE LA COUR

Après une période d’instabilité due au règne précédent, l’économie devient prospère, le commerce s’ intensifie, le trafic maritime augmente. Hélas, la guerre s’engage avec les anglais.

La cuisine française rayonne bien au delà des frontières. La profession atteint un certain prestige : elle est régie par des statuts. Pour être cuisinier, il faut être catholique, de bonnes mœurs et  avoir 3 années d’apprentissage. On pense que la bonne cuisine améliore les hommes. C’est à cette époque que les cuisiniers dédient leurs créations à leurs maîtres (appellations culinaires). Il existe en France depuis le Moyen Age des tavernes, auberges réservées à une clientèle populaire.

C’est sous Louis XV qu’apparaît le premier restaurant en 1765, d’un nommé Boulanger dit Champ d’oiseau, rue des poulies (actuellement rue du Louvre). Quelques années plus tard un certain Lamy s’établit dans un recoin obscur du Palais Royal en 1770 ; sa maison est modeste, ses tables n’ont pas de nappe et les convives pas de serviette. Mais la carte est variée, la cuisine honnête : on y déjeune et on y dîne vraiment. Le restaurant de grande classe n’apparaît qu’en 1782 avec l’illustre Beauvilliers qui demeure durant plus de 20 ans sans rival auprès de la haute société parisienne. Il est le premier à décorer ses salles, à ouvrir des salons élégants, à proposer un service parfait, une cuisine exquise, une cave admirable. « Hélas ! l’enflure de la carte montrait suffisamment qu’on avait dîné chez un restaurateur » conclut Brillat-Savarin dans son œuvre « Physiologie du goût ».

Le nom de restaurant viendrait de « bouillons restaurants » vendus par les traiteurs ou consommés sur place ; c’est à dire de bouillons agrémentés de viandes et de légumes et qui par conséquent restaurent ceux qui les dégustent.

Les corporations sont soumises à l’autorité de la ville ou de la couronne. Sous le rapport de la santé publique, les corporations alimentaires doivent respecter les règlements des autorités municipales qui leur imposent l’usage de poids et de mesures exactes et la vente de produits sains.

La révolution de 1789 porte un coup dur à la vie luxueuse et à la gastronomie. Les cuisiniers des grandes maisons se retrouvent le plus souvent sans emploi, leur maître ayant émigré. Ils doivent quitter le pays pour l’Allemagne, la Russie ou l’Angleterre et proposer leurs services aux restaurants ou aux nouveaux dirigeants. Durant cette période le luxe doit être caché et les repas somptueux menés avec beaucoup de discrétion. L’année 1789 est une mauvaise année pour l’agriculture. Les orages saccagent les céréales, puis une sécheresse survient et les bêtes ne trouvent plus d’herbe dans les prairies ; le fourrage s’épuise et la viande manque. Les rivières asséchées n’entraînent plus les roues des moulins. Le grain, devenu rare et cher ne peut même plus être moulu. Le peuple croit qu’on l’affame exprès, on parle d’un complot, les français réclament du pain et vont en cortège à Versailles chercher « le boulanger, la boulangère et le petit mitron ».

En 1795, Nicolas Appert a l’idée de détruire les germes qui corrompent les aliments en les chauffant fortement. Il enferme des légumes et des viandes dans des bocaux qu’il clôt hermétiquement et met à bouillir au bain marie. Hélas, celui que l’on nommait le Napoléon de la conserve meurt dans une totale misère et, pratiquement de faim. Il a donné au monde la possibilité de faire des provisions, mais n’en avait jamais fait pour lui. Il se trouve que des bouteilles de verre qui conservent les aliments trois mois tombent aux mains des techniciens anglais. Ils essaient de la remplacer par du fer et y parviennent en 1814. Les anglais n’hésitent pas à s’attribuer l’invention et à prendre les brevets. Les américains s’emparent à leur tour de l’invention, mais ils ont l’honnêteté de rendre à Appert l’hommage qu’il mérite. En tout cas, cette découverte marque le tournant dans l’évolution des rapports de l’homme avec sa nourriture. On ne cessera plus, dès lors, de créer de nouvelles techniques de conservation des aliments. L’antique spectre de la faim commence à reculer !

Les mirepoix permettent la réalisation de sauces diverses comme la sauce Espagnole. Les glaces de viande voient le jour. Les épices se font discrètes, on recherche avant tout le goût des aliments (pensée alchimiste où l’on cherche à isoler le principe sapide des aliments). Les roux, qui sont à cette époque des garnitures aromatiques étuvées et singées apparaissent.

Grâce à des progrès, on trouve des produits de meilleure qualité : les navets de Fréneuse, les petits pois de Clamart…Le vermicelle, le camembert (commercialisé par Marie Harel en 1790), le fromage à la crème (ancêtre du petit suisse) et le neufchâtel voient le jour. Le cognac est le fruit de longues recherches. Sont en voie de disparition : le miel, la baleine, le castor, le safran, le foie et le cœur de bœuf. Ce n’est qu’en 1785 que Parmentier réussit à faire consommer de la pomme de terre en France.

Les premiers fourneaux, dits « potager à foyer ouvert et à charbon de bois » apparaissent et provoquent une véritable révolution. Ils remplacent la seule source de chaleur jusqu’à là existante : la cheminée. Les mets sont ainsi plus faciles à surveiller et peuvent mieux mijoter.

Personnages importants:

Menon : Les soupers de la Cour 1755, Le nouveau traité de cuisine 1739. Il fût un philosophe fou de l’alimentation et des arts de la table.

 

Il n’est pas un professionnel de la cuisine, c’est néanmoins un véritable gourmet.

Son œuvre : « Physiologie du goût » en 1825 est un recueil de mémoires sous forme de méditations.

 

LE XIX ème SIECLE. NAISSANCE DE LA RESTAURATION

Les grands cuisiniers jadis au service de la noblesse se trouvent face à une cruelle alternative : suivre leur maître en exil ou bien ouvrir leur propre restaurant. Ceux qui choisissent l’exil exerceront leur art en Allemagne, Angleterre, Suisse, Russie…

Après la révolution, les conditions économiques ne s’améliorent pas. Parmentier peut convaincre le peuple de manger ses tubercules. Il y a cependant des progrès dans le domaine technique. Les fourneaux vont évoluer, ils sont désormais en fonte à foyer fermé avec four et plaque de cuisson(1830) . Ils permettent la réalisation de gratins, soufflés, les ustensiles de cuisine, jusque la assez rares évoluent. Ils sont faits en fer et en fer blanc étamé. C’est le début des machines à hacher et à éplucher les légumes.

Le premier guide gastronomique voit le jour : l’Almanach des gourmands de Grimod de la Reynière, il instaure la pratique des jurys dégustateurs. L’usage des appellations culinaires se généralise, soit qu’un chef attache un nom à une technique, à un personnage, à un lieu, ou à un nom issu de la mythologie.

En ce qui concerne les procédés de conservation, c’est Nicolas Appert qui découvre en 1795 le moyen de conserver les aliments pendant plusieurs mois : il venait de découvrir la stérilisation. Quant  au froid Charles Teilier y consacra sa vie malgré des recherches peu concluantes. En 1876, il réalise son projet et affrète un bateau contenant 22 tonnes de viande. Il applique son procédé de conservation par l’utilisation d’ammoniac. 105 jours plus tard, on constate que la cargaison est intacte. Ce sont les balbutiements de la congélation.

 

Au XIXe siècle, de nouveaux produits « voient le jour » certains sont importés comme l’ananas ; d’autres créés comme l’endive, le céleri rave, le sucre de betterave. Il est mis au point par Benjamin Delessert suite au blocus des ports des Antilles par les anglais. La margarine fut, quant à elle, inventée par Mège-Mouriés lors  d’un concours ouvert par Napoléon III qui voulait un produit de substitution pour au beurre.

Cette période est le véritable âge d’or de la cuisine grâce aux progrès techniques mais également  aux moyens de transports tel que le chemin de fer ou la navigation à vapeur. En effet, ils favorisent les approvisionnements et la construction des marchés (Halles) en 1850. 

La cuisine est très riche en crème et très sophistiquée. Le décor est aussi important que le plat lui même (décor avec hattelets). De nouvelles techniques naissent comme le poêlé et le braisage (techniques mixtes). L’ordre des plats devient celui que l’on connaît aujourd’hui : les hors d’œuvre ou potage, le poisson fait son apparition en tant  que plat puis les viandes bouillies ou ragoût, les rôtis et les desserts. Les glaces au lait font leur apparition.

La restauration se développe, le service à la française est abandonné au profit du service à la russe. Le maître d’hôtel prend là toute sont importance.

          

Personnages importants

Antonin Carême

(1783/1833)

Recueilli à l’âge de 10 ans par un cabaretier il apprend la cuisine populaire pendant  5 ans.

Soucieux d’une formation complète, il entre chez Bailly pâtissier traiteur renommé.

A ses heures de loisir il étudie la gravure et l’architecture. Il devient le spécialiste

des pièces montées. Il travaille ensuite en extra et côtoie les plus grands.

En 1815, il devient le chef des cuisines de l’empereur Alexandre Tsar de Russie.

Il rentre ensuite en France et termine sa brillante carrière chez les Rothschild.

Il est le maître incontesté des buffets monumentaux. Son œuvre : « l’art de la cuisine au 19eme »

en 1835.

 

 

Thomas GENIN prône une réorganisation de la profession, l’ouverture d’école de cuisine et l’organisation de concours culinaires. En 1883, il organise le premier concours qui obtient tout de suite un succès considérable. La même année, la première école de cuisine ouvre ses portes mais faute de crédits elle devra fermer quinze mois plus tard.

Urbain DUBOIS, talentueux cuisinier, il a également apporté sa contribution à la littérature culinaire de ce siècle avec de nombreux ouvrages :« La cuisine artistique », « La cuisine classique », La cuisine d’aujourd’hui », « La cuisine de tout les pays », « L’école des cuisinières » et « Le grand livre des pâtissiers et confiseurs ».

Jules GOUFFE témoigne dans ses ouvrages de sa rigueur, il dit travailler avec une balance et une montre.

Joseph FABRE publie les résultats de ses recherches dans le monumental « dictionnaire Universel de Cuisine et d’Hygiène Alimentaire ».

LE XX ème SIECLE, OU LA NOSTALGIE DE LA VIE DE CHATEAU

Vers la fin du 19ème siècle naît le tourisme. La haute société se montre dans les hôtels de luxe : les palaces. Peu à peu se met en place l’industrie hôtelière. La cuisine française s’est désormais affirmée dans le monde entier, Paris devient le centre de la gastronomie.

L’académie Goncourt organise son premier dîner en 1903, Prosper Montagné ouvre le restaurant le plus luxueux (disciple de Carême). Premier traiteur de France, il draine le tout Paris. Il publie de nombreux ouvrages dont :

- Les délices de la Table

- Le grand livre de la cuisine

 

Au début du 20ème siècle on distingue 3 techniques de service :

- à la française : le serveur présente le plat aux convives qui se servent

- à l’anglaise : le serveur sert les convives à l’aide d’une pince

- à la russe ou au guéridon : le serveur réalise des découpes de grosses pièces et des flambages devant les convives.

Grâce aux palaces, les manières et techniques de service à table s’internationalisent.

C’est également la vogue « des bistrots » de quartier tenus par des auvergnats, des périgourdins et, celles des associations gastronomiques.

 

Le froid positif fait son entrée dans les cuisines au début du siècle. Lors de l’exposition Universelle de 1900, un des restaurants espagnols s’en remet pour la première fois à la bonne fée électricité. Un invention remarquée mais peu suivie.

        

En 1900, le guide Michelin succède à « l’itinéraire nutritif » de Grimod de la Reynière, 99 ans après le petit livre rouge reste l’annuaire gastronomique le plus vendu. Son ambition n’est pas seulement de fournir aux voyageurs les noms et adresses des principaux hôtels et restaurants mais, aussi de les classer par ordre de mérite et d’en citer les spécialités. Le macaron devient symbole de l’excellence pour le restaurateur, celui de la réussite. C’est ainsi que quelques établissements régionaux se transforment peu à peu en temples de la gastronomie visités par le « tout Paris » et les touristes étrangers.

 

Auguste Escoffier

(1846/1935)

Il codifie la cuisine et apporte les dernières touches à l’édifice.

Carrière exceptionnelle couronnée par la rosette d’officier de la Légion d’honneur.

Il travaille d'abord à Nice puis monte à Paris au Petit Moulin Rouge.

Il entre ensuite au Grand Hôtel à Monté Carlo et rencontre César Ritz.

Leur collaboration commence à Londres avec la réorganisation du Savoy.

Il saura s’adapter, simplifie les dressages, supprime les socles et évite les découpages en salle.

Ses créations culinaires sont : la pêche Melba, la poularde Ste Alliance..

 Il lutte toute sa vie pour aider les cuisiniers en difficulté.

Ses œuvres : Le guide culinaire, La cuisine, L’aide mémoire culinaire, le livre des menus, le Riz,

la Morue, les Fleurs en cire.

 

On dit qu’il fût le plus grand cuisinier de tous les temps.

 

 

Maurice Edmond Sailland

dit CURNONSKY

 

Né à Angers en 1872, il fut chroniqueur et auteur, il œuvra pour le renom de la cuisine française.

Après avoir collaboré à de nombreux journaux, il publie « La France gastronomique » une encyclopédie

de 28 volumes.

En 1926 il est élu « Prince des gastronomes » par les lecteurs des quotidiens : le Journal et le Matin.

Il fut un grand défenseur et propagateur de l’art culinaire français.

 

Th. Gringoire et L. Saulnier

 Créateurs du livre de chevet de tous les cuisiniers en 1918 et membres de l’Académie culinaire créée par J. Fabre, ils nous mettent en garde contre les tentations et les dérives. Leur livre est un recueil de 7000 recettes avec plus de 200 garnitures différentes et de 280 sauces.

L’entre deux guerres est aussi la grande époque des « Mères » comme la MERE BRAZIER au col de la Luère célèbre pour sa poularde demi deuil : elle reçoit la récompense suprême en 1933, le guide Michelin lui décerne pour la première fois de l’histoire ses trois étoiles.

La Mère Poulard (originaire de Nevers) officie au Mont Saint Michel est célèbre pour son omelette.

Trois grands émergent avant la guerre : La Mère Brazier au col de la Luère, Alexandre Dumaine à la Côte d’Or à Saulieu et Fernand Point à la Pyramide à Vienne.

Alexandre Dumaine

Né à Digoin en 1895, après un passage dans de nombreuses grandes maisons, c’est à Saulieu, qu’il ouvre à son compte « L’hôtel de la Côte d’Or ». En 1951, il y recevra les 3 macarons Michelin.

 

Fernand Point

 

Né en 1897, il passe toute sa jeunesse dans la cuisine de son père.

Après son apprentissage, il monte à Paris et travaille au Bristol, au Restaurant Foyot et

enfin au Royal à Evian.

Il ouvre son restaurant « La Pyramide » à Vienne où sa cuisine s’oriente vers l’équilibre,

la finesse et la pureté.

Il sert de référence aux grand chefs des générations futures.

 

Les deux guerres mondiales ruinent bon nombre de propriétaires privant les palaces de leur clientèle. Les premières écoles hôtelières ouvrent leurs portes. Les congés payés de 1936 permettent à tous les vacances. C’est à cette époque que la grande hôtellerie vit des moments difficiles et que les entreprises familiales connaissent un essor prodigieux. La pénurie, pendant la Seconde Guerre Mondiale, a conduit à rechercher de nouvelles énergies économiques. Un instrument permet aux nourritures de continuer à cuire dans leur propre chaleur, maintenue par des parois isolantes la « cocotte express » . Dans le succès de cette machine, la justification du temps gagné est l’élément déterminant. Les potages, légumes et plats à cuisson lente sont ainsi réalisés rapidement. Mais l’invention majeure sera la congélation.

Un chef a incarné le tournant médiatique de la gastronomie, il l’a sorti de sa cuisine en 1953 :

Raymond Oliver

Né en 1909 à Langon, issu d’une grande lignée d’aubergistes restaurateurs. Il officie au Grand Vefour à Paris, mais ce qui l’a fait connaître de toute la France, ce fut son émission télévisée hebdomadaire avec Catherine Langeais. Ensuite de grands chefs ont suivi cette voie : Bocuse, Loiseau, Robuchon.

 

 

Au début des années 1970 apparaît un nouveau guide « Le Gault et Millau » fondé par deux

critiques gastronomiques du même nom. En 1973, ils demandent aux chefs d’innover, d’alléger les

sauces, de présenter la saveur des produits  et de s’ouvrir aux cuisines étrangères. Des grands chefs

répondent aux dix commandements de la nouvelle cuisine, ils en sont les maîtres d’œuvre.

Les cuisines régionales sont revues et corrigées. La cuisine s’oriente vers de nouvelles tendances :

- L’utilisation des roux à la farine diminue au profit des liaisons par réduction.

- L’apparition de nouveaux appareils comme le cutter, le mixer et les batteurs mélangeurs

permettent les réalisations plus rapidement.

- Les mousses reviennent à la mode, servies froides, chaudes ou glacées etc…

 

Paul Bocuse

 

Né en 1926, issu d’une famille de restaurateurs, il fait son apprentissage chez la célèbre Mère Brazier

et chez Fernand Point. Il reprend l’entreprise familiale en 1959 : le restaurant du Pont de Collonges.

Il devient Meilleur Ouvrier de France en 1961. Il a publié 3 ouvrages :

- La cuisine du marché

- Le gibier

- Bocuse dans votre cuisine

Il est le porte étendard de la haute gastronomie française.

 

 

Michel Guerard

Né en 1933, après un apprentissage en pâtisserie, il devient M.O.F. en 1958.

En 1974, il s’installe à Eugénie les Bains : station thermale des Pyrénées. Il y publiera 2 ouvrages :

- La cuisine minceur

- La cuisine gourmande (2 ans plus tard)

Par la suite, il mettra ses connaissances au profit de l’industrie agro alimentaire (Nestlé).

 

Joël Robuchon

 

Né en 1945, il fait son apprentissage au Relais de Poitiers et monte ensuite à Paris pour travailler dans de

nombreux restaurants et notamment la brigade du Berkeley. Il devient chef de cuisine à 25 ans et prend

la direction des cuisines du Concorde Lafayette à 29 ans. Il remporte le concours du Meilleur ouvrier

de France en 1976. Il ouvre son restaurant « Le Jamin » en 1981 et obtient trois ans plus tard 3 macarons

Michelin. Il écrit «  Ma cuisine pour vous ».

 

 

Alain Senderens

«  Les festins de Balthazar »

 

En 1974, un nouveau moyen de conservation sous l’impulsion de Georges Pralus voit le jour : le sous vide. En 1981, ce moyen donne à son tour un mode de cuisson : sous vide à basse température. Cela permet de restituer au plat la saveur de la cuisine mijotée des viandes de 3ème catégorie autrement qu’en ragoût. Depuis cette technique intéresse l’OMS (Organisation Mondiale pour la Santé).

Avec les soucis d’esthétique de nouveaux produits allégés , puis légers apparaissent : les produits laitiers allégés (yaourt à 0%, fromages..). Avec la naissance de l’industrie de l’agro alimentaire, de nombreux plats cuisinés prêts à consommer envahissent les rayons des grandes surfaces. D’autres sont destinés aux professionnels (P. A. I., P. C. A., produits semi élaborés) modifient les habitudes de travail.

 

L’évolution de l’agro alimentaire est  aux progrès technologiques. De gros appareils comme les cellules de refroidissement, les polycuiseurs, le micro ondes, les plaques à induction, les équipements inoxydables dans les locaux, permettent une meilleure gestion alimentaire. Grâce à la naissance de l’ingénierie : discipline de coordination et d’optimisation d’un projet de construction industriel en 1960 aux Etats Unis,  les cuisines s’adaptent en fonction du concept de production et de la réglementation.

 

Afin de réglementer les différentes évolutions culinaires et technologiques des textes législatifs sont apparus :

·        Le 1er février 1974 relatif aux denrées périssables

·        Le 3 mars 1974 attribution des marques de salubrité

·        Le 26 juin 1974 réglemente la préparation des P.C.A

·        Le 5 octobre 1984 le conditionnement sous vide en restauration

·        Le 9 mai 1995 réglemente l’hygiène des aliments remis directement aux consommateurs

·        Le 29 septembre 1997 s’adresse à la restauration collective

·        Apparition en 1998 du Guide de Bonnes pratiques hygiéniques du restaurateur comme le demandait la directive 93/43 du 14 juin 1993

Grandes tendances

* La nouvelle cuisine (1970)

* Mode de l’allégé (1980)

* Nouveaux concepts de restauration (1990)

* La qualité totale (norme ISO)

* L’H.A.C.C.P.

* Problèmes alimentaires (peur des produits, recherche de la traçabilité)

* Retour aux produits du terroir

Matériels

* 1ère cellule de refroidissement (1975)

* plaque à induction (1980) pas fiable reprise en 1990

* concept de la salle blanche

Nouveaux produits

* Valorisation des algues dans les préparations culinaires

* Ovo produits

* Surimi

* Steak 100% végétal

* Mini légumes

* Nouveaux produits carnés : bison autruche

* Variétés améliorées par l’INRA (BF 15 : croisement entre Belle de Fontenay et Flava)

* Retour de produits comme rutabaga, topinambour